La Coupe d’Afrique des nations prise entre le marteau et l’enclume

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Les séparatistes anglophones et les jihadistes au Cameroun (pays hôte) ont déjà prévenu vouloir perturber la compétition, qui s’ouvrira dimanche prochain, et ont même envoyé des lettres de menace aux équipes participantes.

OLJ / le 05 janvier 2022 à 00h00

La Coupe d’Afrique des nations prise entre le marteau et l’enclume

Menaces des séparatistes armés anglophones d’un côté, risque d’attaques des jihadistes de Boko Haram et du groupe État islamique (EI) de l’autre, la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football ouvrira ce dimanche au Cameroun dans un contexte sécuritaire tendu.

En plus de la pandémie de Covid-19 et de la nouvelle vague du variant Omicron, qui ont suscité d’intenses spéculations sur un report de la compétition phare du ballon rond sur le continent noir, la sécurité est l’autre grand défi des organisateurs dans ce pays en situation de guerre sur une partie de son territoire. Depuis quatre ans, les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest – habitées principalement par la minorité anglophone – sont en proie à un sanglant conflit entre des groupes armés qui réclament l’indépendance en multipliant les attaques meurtrières et les forces de sécurité qui mènent une répression impitoyable.

Certains groupes armés ont promis de perturber la compétition et envoyé des lettres de menace aux équipes du groupe F (Tunisie, Mali, Mauritanie et Gambie) qui vont jouer à Limbé et s’entraîner à Buea, respectivement station balnéaire et chef-lieu de la région du Sud-Ouest. « Les menaces sont très sérieuses », estime Blaise Chamango, responsable de l’ONG Human Is Right, établie à Buea. « Mercredi (dernier), il y a eu une explosion à Limbé dans une vente à emporter, c’est un message fort », assure-t-il. Rien ne dit non plus que les séparatistes ne tenteront pas d’agir à Yaoundé ou à Douala, la capitale économique, où ils ont déjà perpétré de petits attentats par le passé.

Vendredi dernier, dans ses vœux télévisés pour le Nouvel An, le président Paul Biya a évoqué « plusieurs cas de reddition » dans les groupes armés. Mais ils « continuent de se livrer à des activités criminelles en multipliant les attaques aux engins explosifs improvisés et les meurtres de civils désarmés », a prévenu le chef de l’État. Face à la menace, le gouvernement martèle à l’envi que « la sécurité sera assurée ». Sollicités, ni le pouvoir ni la Confédération africaine de football (CAF) n’a voulu donner de précisions sur le dispositif sécuritaire prévu.

Dans la capitale Yaoundé, à quelque 250 km à l’est de la frontière des zones anglophones, l’ambiance était hier beaucoup plus relâchée, et seuls quelques agents de sécurité surveillaient d’un œil distrait les derniers préparatifs autour du stade tout neuf d’Olembé, construit pour la CAN et antre de l’équipe nationale, les Lions indomptables. « La situation sécuritaire ne cause du souci véritablement que dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, mais je pense que nos forces de défense ont suffisamment d’expérience pour y répondre », veut croire James Mouangue Kobila, président de la Commission des droits de l’homme et professeur de droit public. « Le dispositif de sécurité est exceptionnel au regard des enjeux et nous avons eu le championnat d’Afrique des nations (CHAN) en janvier 2021 sans incident », argumente-t-il.

Le Cameroun fait également face à une autre menace, dans l’extrême nord du pays, avec des attaques jihadistes qui ont toutefois baissé d’intensité depuis la mort en mai dernier d’Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram. Le groupe rival État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) a toutefois consolidé son territoire dans la région du lac Tchad et mène des incursions sporadiques au Cameroun. Les deux pourraient bien profiter de l’effet d’aubaine de la CAN pour des actions qui frapperaient les esprits, redoutent certains, dans le Nord ou à Yaoundé et Douala.

« Je ne pense pas que les jihadistes puissent perturber la CAN, à moins de vouloir frapper un grand coup, ce qui est toujours possible », estime ainsi Guibaï Gatama, directeur de publication de L’œil du Sahel, le journal bihebdomadaire de référence sur le nord du Cameroun. « Le stade de la région nord qui accueillera le groupe D (Égypte, Nigeria, Soudan, Guinée Bissau), à Garoua, se trouve très loin de leur périmètre d’activités », à plus de 300 km, tempère-t-il.

Source : AFP

photo: (DANIEL BELOUMOU OLOMO / AFP)

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