COUP DE TONNERRE SOUS LE CIEL D’HAÏTI

02-02-2019
PORT-DE-PAIX__ (Triboland) La crise socio-politique et économique haïtienne actuelle est annonciatrice de profonds bouleversements capables d’entrainer la disparition definitive de l’Etat/Nation que rêvaient les Titans de 1804. Elle voit tout un pauvre peuple naïf et bon enfant plongé dans le désespoir et incapable de se relever faute d’un guide visionnaire et responsible. L’Homme d’Etat américain, Warren Christopher, fort de la situation née du coup d’Etat de 1991, comme un oiseau de mauvais augure, disait déjà qu’Haïti était un cas perdu qu’il faudrait vite abandonner à son sort.
Tout semble aujourd’hui vouloir lui donner raison. L’absence d’une prise de conscience nationale et citoyenne pour donner une nouvelle orientation à l’Etat et d’une volonté manifeste et inébranlable pour sortir de la crasse, de la misère et du bourbier du sous-développement plonge davantage le pays dans l’abîme et la honte. Dans L’Effort dans le Mal, le grand Haïtien Anténor Firmin n’indique-t-il pas la voie royale à suivre pour élever dans les Antilles, comme le préconnisait Henry Christophe, une grande nation qui n’aura rien à envier aux pays les plus avancés de l’hémisphère occidental.
De deux choses l’une, pensait-il: persister dans la corruption, les violations des droits fondamentaux les plus élémentaires pour le Malheur d’Haïti ou s’engager dans la voie de la modernité qui charrie les valeurs de la démocratie, de la liberté et du développement durable afin de permettre au pays de Dessalines, de Pétion, de Christophe de connaitre des lendemains enchanteurs et d’être présent dans le concert des nations civilisées de la planète. Ce conseil de Firmin comme un leit-motive demeure aujourd’hui actuel et vaut son pésant d’or pour matérialiser et concrétiser dans la glaise du réel le rêvecher du miracle haïtien encore possible.
Malheureusement nous persistons à faire toujours les mauvais choix en propulsant au pouvoir des démagogues néophytes qui n’entendent s’enrichir dès leurs premiers jours au pouvoir en maintenant le système politique obsolète et surranné favorisant la corruption, la médiocrité, l’ignorance, la misère et leurs corollaires au détriment de l’Etat et du pauvre peuple d’Haïti. Le scandale Pétro-caribe, avec les divers rapports des Commissions sénatoriales et de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, certes, le dernier en date, semble être ce coup de tonnerre sous le ciel d’Haïti appelé à entrainer des bouleversements socio-politiques prévisibles, incalculables et insurmontables.
Le chef de l’Etat d’Haïti dont la première fonction occupée est celle de président de la République a tout gâché par son arrogance et son ignorance de la chose publique ne sachant pas d’ailleurs que la plus belle femme du monde ne donne que ce qu’elle a ni qu’on ne dirige pas un pays en maître et seigneur comme une petite entreprise de province. Il s’est grandement fourvoyé et a porté un rude coup qui pourrait être fatal aux pontes ambitieux du PHTK qui l’ont propulsé au pouvoir. Se croyant bien faire, il s’est alliéné la sympathie de ses adversaires politiques en les attaquant dans leur dernier retranchement par sa politique de la chasse aux sorcières. La guerre devient alors inévitable.
Il commet l’erreur monumentale de dresser contre lui des militants expérimentés dans le combat politique. Ce sont ces derniers qui profitent d’une déclaration inutile faite à Paris par le nouveau chef de l’Etat nostalgique des anciens régimes de Vincent, de Lescot, de Magloire, des Duvalier pour livrer bataille au parti au pouvoir et au parlement. Ils font du dossier Pétro-carribe, talon d’Achille des dirigeants du PHTK, leur cheval de bataille. Après leurs rapports accusés par plus d’un de partialité, ils viennent se reconforter avec la publication de l’enquête de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif qui aux yeux des observateurs avertis constituent un veritable coup de tonnerre politique.
Il reste alors au pouvoir de tirer les conséquences de leurs inconséquences de la gestion des affaires de l’Etat. Dans tout autre pays civilisé, le chef de l’Etat dont le nom est associé à un tel dossier qui faits candale et qui avait demandé à tous les grands fonctionnaires incriminés dans cette affaire de partir, doit tirer la révérence en donnant illico sa démission pour se préparer à faire face au glaive de la justice. Il en est de même de la société civile, dans son rôle de vigile qui n’entend pas dormir sur ses lauriers, qui ne doit pas tarder pas à se réveiller et à se mettre debout comme un seul homme pour réclamer ce qu’on appellera non sans raison le nouveau procès de Consolidation.
Il va sans dire que le pouvoir politique qui fait déjà face à la depreciation démesurée et incontrôlable de la gourde et incapable de prendre une quelconque mesure de redressement est en chute libre. Au cas où par imprudence il tenterait par la repression de résister pour le maintien du pouvoir, faudrait-il bien s’attendre au pire, voire à une commotion socio-politique mettant en péril la souveraineté nationale, l’avenir d’Haïti, pareil aux événements qui ont culminé au 29 février 2004 et à la résolution 1542 du Conseil de Sécuritéde l’O.N.U. Caveant Consules !
Fresnel Jean, Avocat et Professeur






